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 La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood

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Lane Taylor



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Date d'inscription: 29/10/2011

MessageSujet: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Sam 3 Déc - 17:54


La 3ème mi-temps.
En outre, il n’avait toujours pas réussi à éviter ce déjà-vu désagréable. Les souffles, le mouvement, le bruit du rebondissement de la balle, les invectives agaçantes des joueurs ; il se visualisait très bien dans ce merdier intégral : petit, ratatiné sur son siège, les yeux fixés quelque part sur la balle blanche et noire entre les pieds des garçons, l’erreur fondamentale dans l’équation : Lane dans le gymnase.

Il essayait de s’ennuyer cruellement. Oh, mon dieu, le foot, quel jeu idiot. Courir après une balle, frapper dedans, essayer de le caser dans les filets. Être content parce qu’on a marqué un but. Suer. Rire et montrer toutes ses dents, aller ébouriffer les cheveux de ses coéquipiers ; trop de choses insondables à ses yeux, choses qui étaient sans doute dérisoires après tout. Le principe du jeu était stupide ; mais ses yeux suivaient le parcours sinueux de la balle, ses oreilles entendaient les manifestations de joie, et il eut peur du rayonnement de bonheur et des éclats de rires du groupuscule qui se décarcassait à faire rentrer une balle dans un filet.

On peut donc s’amuser d’une chose si inutile. C’était intéressant. Lane posa ses coudes sur ses genoux, se recroquevillant un peu plus sur lui-même pour être sûr qu’on ne le verrait pas. Ses yeux verdâtres nageaient dans la petite foule joviale qui n’arrivait décidément pas à se partager la balle, ses yeux trouvaient sans chercher la folle couleur bleue entre les têtes. Idiot.

Malgré son air peu dégourdi, Loyd savait vraiment faire. C’était lui qui marquait le plus de but, qui se fatiguait le plus et qui riait le plus. Rien à voir avec ce rire glaçant à la bibliothèque ; Lane préférait ce rire-là.

Faut-il que Loyd te voit ou qu’il ne te remarque pas jusqu’au bout ? Il avait envie d’une cachette quelconque, mais également envie que Loyd le remarque. L’objet de sa présence ici n’était pas réellement défini, vu que le milieu était décidément dépourvu de tranquillité et de livres. Rien ne lui servait de justification, à part peut-être le fou qui se démarquait pour une énième fois de la masse grouillante avec la balle à ses pieds. Il n’aimait pas le foot, le bruit, la chaleur étouffante, mais il aimait bien Loyd. Assez en tout cas pour sacrifier son bouquin pour quelques heures.

Il n’aimait pas les gens extravagants et Loyd en était un. Pas difficile de le remarquer au vu de son choix de teinture. Il n’aimait pas non plus les fanfarons et Loyd l’était quand il mettait ses lunettes carrées « juste pour frimer ». Les cheveux bleus lui allaient bien, mais en plus, ces atroces lunettes rectangulaires aussi. Il n’aimait pas les imbéciles et Loyd l’était. Mais en attendant, il l’aimait bien, et il avait peut-être plusieurs explications à ça ; et encore, c’était bien parce qu’il avait cherché.

Les gens de cherchaient pas assez lorsqu’ils avaient peur, mais Lane n’avait certainement pas envie de rester muré dans son incompréhension. C’était peut-être encore plus dur que les maths de se demander pourquoi Loyd ne l’insupportait pas tant que ça. C’était peut-être parce que tout bêtement, Loyd ne cherchait pas à lui faire du mal. Mais dans ce cas, il ne serait pas venu en bonne plante léthargique dans cet endroit absurde pour le voir en train de donner des coups de pieds dans une ridicule balle.

Loyd était très différent de n’importe quel être humain qui avait déjà osé l’agacer. C’est-à-dire de la plupart des garçons qu’il voyait ; tiens, même de ceux qui jouaient avec lui en ce moment. Son amour-propre était minuscule et il était vraiment naïf, il était trop gentil, il était un peu bête, délirant. Enfin, il ne savait pas vraiment comment il se comportait vraiment avec les autres, mais avec lui en tout cas.

Ça lui donnait envie de sourire à Loyd, pour changer, ne pas être trop cassant. La question était : « allait-il y arriver ? » Il avait beau prendre de belles résolutions, rien ne lui garantissait qu’il allait vraiment pouvoir être tendre avec quelque chose d’autre que son chat. Il était définitivement exaspérant, mais il se consolait en remarquant qu’il s’agissait quand même d’un grand exploit qu’il prenne d’autres décisions que faire des nuits blanches pour déchiffrer des maths.

Attention. Il s’égarait trop vite. Il devait plutôt penser à ce qu’il allait vraiment pouvoir dire à Loyd. Il leva légèrement les yeux au plafond, blasé, tentant de capter certains des mots disloqués qui fusaient dans son cerveau. « J’avais juste envie de te voir. » C’était décidément trop vrai, il n’allait pas dire ça. « Je suis venu au gymnase pour changer ». Pour changer ? Lane, changer ? Même son nom indiquait très bien qu’il ne changerait pas pour rien au monde. « Je voulais m’excuser pour l’autre jour ». Pas mal, pas mal… Mais il fallait penser à une entrée en matière.

Au fur et à mesure qu’il établissait son algorithme mental pour adresser intelligemment la parole à Loyd, il sentait son exaspération grossir. Il n’allait jamais y arriver comme ça. Ça ne servait franchement à rien de se programmer d’avance pour discuter avec Loyd, vraiment. Il suffisait juste d’éliminer sa méchanceté, et tout ira bien.

…Vraiment, bien.

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Leeroy Eastwood



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Dim 4 Déc - 13:32


Fail.
Quelque soit notre personnalité, nous avons tous des talents cachés. Nos qualités et nos défauts qui nous sont propres. C'était le cas pour Leeroy Eastwood. Il n'était pas un cerveau, un penseur médiocre en soit, d'une naïveté qu'on ne répètera jamais assez et d'un niveau scolaire piteux mais c'était un sportif dans l'âme. Il avait ce talent là, au moins. De plus, c'était l'une des seules choses qui l'intéressait et le distrayait un peu en dehors de ses amis et des conneries que ces derniers le poussaient à faire.

Le jeune homme était vif, endurant et il aimait le football. Il était connu pour ça. Après tout, il était vice président du club sportif, seule responsabilité qu'il avait prise, de son plein gré du moins, et qu'il respectait. C'était également la seconde année consécutive qu'il était capitaine de l'équipe de football de l'académie. Plébiscité par ses camarades de jeu, ils l'avaient éli presque à l'unamité malgré les jalousies. C'était la seule fierté de Loyd. Le seul domaine où il brillait réellement et était respecté.

Oui, l'adolescent était un très bon joueur. C'était celui qui se donnait le plus sur le terrain. Tant et si bien qu'on avait souvent l'impression qu'il était partout à la fois. Il dirigeait également parfaitement son équipe et lui qui n'était pas censé avoir une quelconque intelligence, aidait toujours l'entraineur à mettre en place ses tactiques. Quand il s'agit du football, Leeroy se révélait être un fin stratège. C'était pour cette esprit carré et pragmatique que le garçon était sûrement bon en mathématiques, seule matière dans laquelle il s'en sortait vraiment en travaillant sérieusement.

Il avait une très bonne vision du jeu de cette façon et c'est pour cela qui excellait en sport et plus particulièrement dans celui-ci précisément. Il le pratiquait avec assiduité. Contrairement aux cours qu'il séchait régulièrement, il était impensable que Leeroy Eastwood rate un entrainement ou un match. Il en valait déjà de son statut de capitaine qu'il prenait très au sérieux mais aussi du fait que c'était pour lui une véritable passion et surtout une nécessité.

L'adolescent n'avait que ce moyen-ci de vraiment s'exprimer ou se défouler. D'être un peu lui-même en oubliant le rôle qui prenait avec ces imbéciles de camarades délinquants et fouteurs de merde. Il n'était plus dans ces instants-là le Loyd qui était le dernier de la classe et rassuré tout le monde par sa médiocrité à la fin du trimestre. Celui dont les professeurs se moquaient, ou convoquaient. Celui dont on avait presque pitié et dont on appelait les parents. Des parents qui s'en foutaient.

D'ailleurs sa mère et son père se fichaient de tout. Il n'avait jamais vu un match où il jouait. C'était cela au fond qui le rendait le plus triste. La seule ombre au tableau lorsqu'il jouait au football. Personne pour l'encourager dans les gradins. Personne pour lui dire qu'il avait bien joué, hormis ses camarades et l'entraineur. Pas de famille ou d'amis à rendre fier. Il aurait bien aimé qu'une personne l'aime assez pour venir le voir jouer, se déplacer même s'il s'ennuyait dans le stade. Juste quelqu'un qui pense à lui ce jour-là et y aille, juste pour lui faire plaisir. Une présence.

Ce que Leeroy ignorait cruellement, c'est que c'était déjà le cas. Quelque part, bien caché dans la foule des spectateurs venus assister à l'entrainement avant le premier match de la saison, il y avait Lane Taylor. Mais ça il l'ignorait royalement. Pourtant, c'était plus que ce qu'il n'avait espéré. Oui, il voulait quelqu'un pour le soutenir, et le fait que ce soit Lane s'était trop beau. On lui aurait dit, il ne l'aurait pas cru. Ce blondinet, qui devait le détester et le mépriser, après tout il était un garçon talentueux et brillant c'était bien normal, ne s'intéresserait jamais lui dans son esprit.

Même si Leeroy venait souvent le voir, lui parlait, il avait en tête qu'entre eux, il y avait une frontière et qu'elle ne serait jamais franchie. En somme, il se répétait ce que tout le monde pensait, soit qu'il n'avait rien à faire avec lui et peut-être pire, qu'il ne méritait pas ne serais-ce que d'être son ami, alors pourquoi diable ce garçon viendrait-il le voir jouer ? C'était ridicule et impensable.

Du moins, il ne l'avait pas encore remarqué dans les gradins. Ainsi, il se donnait et jouait sur le terrain, comme à son habitude, se détachant et se faisant remarquer plus que n'importe lequel de ses coéquipiers. Il marquait, honorant le surnom de "Monsieur un but par match" qu'on lui avait donné. Il courrait, mettait la balle au fond de la cage, se faisait félicité vivement par ses camarades qui lui sautaient dessus et ébouriffaient ses cheveux mouillés de sueur. Il rirait, encore plus. Sur le terrain tout allait plus vite, l'agitation et les cris régnaient.

Il aimait cette sensation presque euphorique, ou orgasmique. Mieux que coucher avec quelqu'un pour un soir, c'était jouissif. Il avait l'impression d'exister. Qu'on ne regardait que lui. D'être unique et aimer pour une fois. Ca le motivait sans doute à aller encore plus vite, à jouer mieux et persévérer. Néanmoins, l'amertume et la jalousie de certains garçons de l'équipe étaient vivement stimuler et l'un de ses coéquipiers, de rage, donna un violent coup de pieds au ballon, le faisant sortir du terrain et atterrir dans les gradins.

Leeroy cria après ce dernier. Ils se poussèrent un peu pour s'intimider et Leeroy s'affirma. Il était le chef de l'équipe. Il avait de la prestance dans ce genre de situation. L'adolescent s'écrasa et Loyd sortit triomphant de l'échange, puis il quitta le terrain afin d'aller chercher la balle blanche à losanges noirs. Il se fit un chemin entre les spectateurs et eut un sourire satisfait en la voyant sous un siège, il s'y glissa et l'attrapa avant de se redresser l'air victorieux.

"-Ah te voilà toi ! S'exclama-t-il avant de lâcher un rire doux et enfantin."

Il souffla longuement. Il haletait un peu car il avait couru pour vite récupérer le ballon et retournait jouer. Une sorte de hâte enfantine. On aurait dit un gosse de cinq très facilement et se sentant observer, toujours à genoux, mais le dos droit, sur le béton, la balle entre les mains, il leva ses yeux bleus vers le propriétaire de la chaise sous laquelle il avait glisser pour la récupérer.

Il eut un long moment d'arrêt. Il déglutit difficilement rempli d'incompréhension. C'était impossible, voire surréaliste. Il dévisageant l'adolescent longuement, ses cheveux blonds et ses yeux verts clairs, puis il souffla avec stupeur son prénom, presque abasourdi avec une naïveté proche du ridicule.

"-... Lane ? .... HEIN ?!"

Leeroy fixa Lane Taylor avec incompréhension. Que faisait-il là ? Il n'était pas du genre à aimer le football. Surtout qu'à cette heure-ci, puisqu'il connaissait secrètement l'emploi du temps de Lane, Loyd savait qu'il aurait du être en train de lire à la bibliothèque. Mais non, il était bel et bien là, en face de lui. Pourquoi ? Il devait trouver que ce jeu était stupide et manquait d'intellect et il n'avait peut-être pas tord.

L'adolescent paniqua presque. Que faire ? Il tenta d'articuler correctement mais les mots eurent du mal à sortir. Il manqua de lâcher la balle mais la rattrapa in-extremis, la serrant entre ses doigts. Loyd l'observait longuement comme si la réponse à ses questions, qu'il n'osait poser, avec une forme de timidité inhabituelle, allaient tomber du ciel. Il se releva en s’époussetant les genoux, essayant de retrouver une contenance puis il le contempla à nouveau.

"-... C'est rare de te voir ici Lane. J'ai failli presque faire un crise cardiaque..."

Il se retient de se mordre la lèvre avant de poursuivre, puis il sortit une immonde banalité :

"-Salut, comment ça va ?"

Fail.
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Lane Taylor



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Mer 7 Déc - 19:36


Il eut besoin de faire un grand effort de concentration pour ne pas se lever, renverser sa chaise au passage et s’enfuir en courant pour se claquemurer à la bibliothèque en entendant Loyd crier son nom. Il eut même besoin de se répéter qu’il n’y avait rien de mal à venir au gymnase, que ça n’était pas si barbare à la fin, et que si Loyd était bête au point de penser qu’il viendrait respirer l’oxygène étouffant de cet endroit pour autre chose que venir le voir, ça ne faisait pas vraiment partie de ses responsabilités. Il fit également l’effort intense de ne pas se vexer. Il n’avait aucune idée de comment il avait raisonné pour trouver sa présence si aberrante, mais bon, il allait faire comme si.

Lane eut la très bonne idée de se mettre à fixer le bout de ses chaussures, le temps que Loyd termine sa démonstration de stupéfaction qui l’encourageait toujours autant à prendre ses jambes à son cou. Le temps qu’il se lève et qu’il daigne lui parler normalement, il réfléchit à nouveau à une façon d’engager une conversation décente avec lui. Une fois Loyd devant lui, il lui était bizarrement plus facile de cogiter et de feindre une aisance blasée.

« ... C'est rare de te voir ici Lane. J'ai failli presque faire une crise cardiaque... »

Tu aurais dû, Loyd, tu aurais dû. J’aurai peut-être eu le temps de réfléchir à un moyen d’être plus sympathique avec toi... Poussée de méchanceté. A la place, un roulement imperceptible d’yeux répondit à sa remarque. On sait, on sait. On sait que c’est inhabituel mais ça arrive, ça arrive…

« Salut, comment ça va ? »

Habituel.

Ça arrive aussi.

Lane se surprit à lever un regard mi-étonné, mi-accablé de son manque de naturel. Il ne restait pas un morceau de sa prestesse de toute à l’heure. Il avait l’impression d’être son examinateur, ou presque ; dans tous les cas, il discernait une sorte d’anxiété, une forme de malaise de sa part qui était vraiment proche de la sienne face au gymnase et aux cris, face à la chaleur et aux autres. Il trébuchait sur une marche invisible.

Lane ne mit pas beaucoup de temps pour rejeter cette idée saugrenue, mais l’arrière-goût qu’elle lui laissa l’empêcha de lui faire remarquer son inquiétude atypique.

« … Ça peut aller. Je voulais un peu changer d’air ; pas de quoi en faire tout un plat. »

Juste un peu changer d’air. La justification était non seulement pitoyable, mais en plus, très peu crédible connaissant sa façon de chérir l’odeur de livres moisis de la bibliothèque. Si Loyd tombait dans ce panneau-là, c’était réellement foutu. Son mensonge ressemblait beaucoup trop à de l’indifférence pour que Loyd ait le déclic surnaturel que Lane attendait depuis le début du match. Mais c’était peine perdue : Loyd semblait même avoir oublié que le match n’était pas encore terminé et que ses camarades l’attendaient en jacassant derrière lui.

Fais vite Lane pour l’amour de toi fais vite fais-vite.


Lance-toi.

« Puis, je voulais te voir pour l’autre jour. …Enfin. Pour te demander si ton exposé avançait bien, mentit-il impulsivement. Tu m’as un peu inquiété à trainer dans la section Science-fiction pour un exposé sur le romantisme. »

Il lui sourit un peu, gentiment moqueur, enfin, il essayait bien d’avoir l’air doux. En réalité, peu lui importait son exposé. Il courba encore faiblement la commissure de ses lèvres, l’observant par intermittence, songeant à la véritable cause de sa présence.

« Aussi pour m’excuser un peu, même si tu dois t’en foutre comme d’une guigne. Pas grand-chose, en somme, mais je suis content de te voir si bien. »

Lane évita de lui dire qu’il aimait le voir jouer. Parce que ; à quoi bon ? Il n’était pas venu pour faire rire Loyd et amuser la galerie. Et puis, ça ne devait pas tant être une partie de plaisir que de l’avoir en supporter, rabougri sur les gradins comme le petit intrus qu’il était. Lane haussa les épaules. Autant de raisons pour une si petite chose. Ça n’était pas si important, pas besoin de lui faire savoir que Loyd était son centre de gravité dans un gymnase. Il suffisait de lui dire qu’il jouait bien, pas besoin de toute exagérer. Reste naturel. Ne tripote pas tes mains.

« Tu joues bien, d’ailleurs. C’est amusant de regarder. »

Oui, voilà, bien. Parfait.

Lane apprend bien et vite ; il fallait simplement espérer qu’il n’oublierait rien.
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Leeroy Eastwood



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Sam 17 Déc - 17:33


Premiers flirts.
Leeroy le fixait longuement tandis que la véritable question, qu’il avait au bout de ses lèvres à cet instant obstinément closes, ne cessait de tourner et retourner dans son esprit. La véritable interrogation est pas ce vaste simulacre ridicule dont le « salut. Ca va ? » lui donnait envie de s’arracher ses cheveux cyans.

Il le regardait avec des yeux ronds et par chance, il était joli garçon car sinon, il était à peu près sûr qu’il aurait eu l’air totalement bovin. Néanmoins, la génétique penchait en sa faveur et il avait juste l’air d’un petit oiseau tombé du nid ou d’un chaton perdu. Mignon. Mais stupide. Il s’en voulait et s’insulta mentalement d’être aussi naïf. En somme, peut-être que s’il n’avait pas été si crétin, il saurait la raison de sa venue, du moins c’est ce qu’il se disait, le regardant toujours.

«-… Ça peut aller. Je voulais un peu changer d’air ; pas de quoi en faire tout un plat, lâche finalement Lane avec un air détaché, ou plutôt une apparence détachée. »

Cependant, Loyd n’y voyait évidemment que du feu. Il le fixa et sourit un peu. Bêtement. Niaisement et toutes ses sortes de chose. Il était tombé dans le panneau. Le mensonge était passé comme une lettre à la poste. Joke. Il le croyait vraiment avec une telle innocence… C’était effrayant et effarant. Mais, lui, il était là et restait naïf. Il avait juste l’air content de le voir au fond. Il l’observait attentivement et ne pouvait pensait qu’il lui mente une seule seconde.

Le comble fut sûrement atteint lorsque l’adolescente se dit que Lane avait bien raison de changer d’air de temps à autre, que ça n’était pas très bon de rester toujours enfermé et que peut-être que ça lui permettrait de se faire un peu plus d’amis d’aller dans un lieu aussi fréquenter que le gymnase.

Pauvre con.


Leeroy en plus de cela ne regardait et ne faisait attention qu’à Lane et uniquement Lane. Ses yeux étaient rivés sur le blond et il n’entendait que les mots qui sortaient lentement de sa bouche. Ses mensonges qu’il ne soupçonnait même pas dans toute sa maturité d’enfant de peut-être huit ans. Ainsi, il en avait oublié le match d’entrainement, les joueurs qui attendaient qu’il ramène la balle, les messes basses qu’ils faisaient à présent et tout ce beau monde qui les dévisageait.

Oui, ses camarades sur le terrain commençaient à se demander très sérieusement ce qu’il pouvait fabriquer maintenant. De plus, il le voyait parler à Lane. Lane Taylor, le souffre-douleur général, celui qu’ils martyrisaient régulièrement aidés par cette naturelle cruauté aussi bien humaine que typiquement adolescente. En somme, Lane n’était que l’outil servant la cohésion de groupe. Quoi de mieux pour rapprocher les gens qu’un ennemi naturel ? Ainsi, ils se sentaient tous plus proches, plus similaires. Ils étaient tous les mêmes, tous différents de Lane, ce looser.

Mais, Leeroy n’avait absolument pas ce fonctionnement. Peut-être parce qu’il n’avait pas passé le cap de l’enfance et ne ressentait pas ces besoins là ou tout simplement parce qu’il adorait le jeune homme en face de lui. Oui, il l’appréciait tout particulièrement de manière inexplicable Lane Taylor, depuis le tout premier jour. Il s’en sentait proche. Plus proche que les individus composant le groupe auquel il était censé appartenir. Au fond, à part des activités communes, rien ne le rapprochait de ses individus. Par ailleurs, la solitude, c’était peut-être ça qui le rendait si proche du blond.

Pour l’instant, il partageait un petit moment avec Lane, oubliant le temps qui passait et les priorités. Il l’écoutait parler et ici, en l’occurrence mentir à nouveau.

« -Puis, je voulais te voir pour l’autre jour. …Enfin. Pour te demander si ton exposé avançait bien. Tu m’as un peu inquiété à trainer dans la section Science-fiction pour un exposé sur le romantisme. »

Il lut la moquerie dans ses yeux et l’interpréta de façon négative plutôt que tendre, presque affectueuse. Il serra discrètement les poings en détournant les yeux, l’air embêté puis le fixa à nouveau, ignorant totalement qu’il lui mentait pour la seconde fois. Loyd crut tout bêtement qu’il venait se moquer pour se venger un peu des tortures de ses camarades et se foutre de sa stupidité.

Pour quelles autres raisons aurait-il pu remettre cet exposé sur le tapis ? Il n’en savait rien. Juste qu’il avait été particulièrement con à bibliothèque et c’était rendu plus ridicule que jamais. A tel point qu’il n’y remettrait plus jamais les pieds. Lane serait tranquille à présent. Il se fichait sûrement de lui et de son incompétence totale et Leeroy ne viendrait plus l’importuner sur son territoire. Par ailleurs, il n’avait même pas fait sa punition et aller certainement s’attirer les foudre de la professeur de littérature et directrice. Ca n’avait pas grande importance en somme. Pas pour lui en tout cas.

Après tout, il n’allait que justifier sa réputation de gros nul et ça irait très bien comme ça. Chacun à sa place. Même si à l’heure actuelle, Lane n’était pas vraiment à la signe et ça toute l’équipe de football l’avait bien vu sauf Loyd qui était trop occupé à fixer ses lèvres bouger.

« - Aussi pour m’excuser un peu, même si tu dois t’en foutre comme d’une guigne. Pas grand-chose, en somme, mais je suis content de te voir si bien. »

Loyd le fixa longuement. Il était très surpris. Il ne comprit même pas pourquoi celui-ci s’excuser et prononcer ses mots. Il ne savait même plus quelle pouvait-être la raison de la venue de Lane. Il se contentait de le regarder, presque ahurit. Non, Leeroy ne s’attendait pas à des excuses. Peut-être tout simplement parce qu’il pensait que le blond n’avait aucune raison de le faire.

Après tout, c’était lui qui était venu l’ennuyé à la bibliothèque. Il avait sans doute eu ce qu’il méritait ce jour-là et c’était le droit de Lane de ne pas avoir de contact avec lui mais il ne savait pas, ne comprenait pas que c’était tout le contraire. Il continuait de le fixer les yeux écarquillés par sa surprise. Néanmoins, il ne se moquait pas de ses excuses. Ça lui faisait très plaisir au fond que Lane s’intéresse à lui et même s’inquiète pour lui.

Malgré sa naïveté, il comprit plus ou moins qu’il était venu le voir jouer pour cela et ça lui fit infiniment plaisir. Il lui sourit finalement, tandis que Lane confirmait sa théorie.

«-Tu joues bien, d’ailleurs. C’est amusant de regarder. »

Il sentit une vive chaleur percé son cœur alors qu’il était plus que touché par le compliment. Lane l’avait vu jouer et il avait aimé. Il eut un sourire niais à cette pensée alors qu’il le détaillait du regard, puis il se racla la gorge afin d’essayer de retrouver un semblant de virilité et de contenance. Au fond, il se sentait très fier. Oui, fier de lui et ça se lisait imperceptiblement sur son visage.

« -Tu n’as pas d’excuser à me faire, dit-il finalement en lui souriant, je suis content tout de même que tu sois venu m’en présenter si tu estimes qu’il y en a à formuler et même si je sais pas trop pourquoi tu dis pardon, c’est accepté. »

Il rit naïvement alors que ses camarades derrière commençaient à s’impatienter sérieusement et étaient désireux de continuer le match. Ils se mirent à hurler pour capter l’attention de Leeroy mais rien n’y faisait. Il restait là, en face de Lane en souriant, captivé totalement par lui et ses yeux, son nez, sa bouche, les moindres recoins de sa personne. Il l’admirait.

Il était beau. Oui, Lane le trouvait très beau. Magnifique même. C’est traits étaient fins, si bien dessinés, légers et bien faits. Tout chez lui était harmonieux et ses lèvres rosées lui donnaient envie de les effleurer. Il déglutit en s’apercevant de ce à quoi il pensait et se racla la gorge en meublant la conversation avec une formule de politesse.

« -Merci pour ton compliment en tout cas, ça me fait très plaisir venant de toi et j’espère que le spectacle te plait. »

Ils avaient en somme, tous deux, un problème de communication majeur. Ils ne savaient pas vraiment comment s’adresser l’un à l’autre. Il y avait toujours une sorte de gêne, de timidité et de maladresse qu’ils avaient l’un envers l’autre et ses mots souvent fragiles avaient le goût des premiers émois adolescents, tout comme les regards qu’ils se lançaient.

« -Tu restes jusqu’à la fin du match Lane ? Demanda-t-il en lui souriant, ça me ferait plaisir que tu restes me regarder jouer. »

Et il renvoya le ballon d’un coup de pieds à ses co-équipiers du haut des grapins juste pour qu’ils se la ferment et qu’il puisse lui savourer ce moment-là avec Lane. Il était heureux. Indéniablement.

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Lane Taylor



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Dim 25 Déc - 17:56


« Tu n’as pas d’excuses à me faire. Je suis content tout de même que tu sois venu m’en présenter si tu estimes qu’il y en a à formuler et même si je sais pas trop pourquoi tu dis pardon, c’est accepté. »

A l’instant, il ouvrit presque la bouche pour lui faire remarquer qu’il était excessivement simple et de bon cœur. Mais l’erreur qu’il était sur le point de commettre fut empêchée par le rugissement d’un joueur derrière Loyd, accompagné des borborygmes furieux et lointains des autres. Il ne trembla pas. Il aurait pu, mais il resta droit, imperméable, sachant tout de même que c’était par sa faute qu’ils beuglaient tous en chœur à l’attention de Loyd. Il n’était ni fier ni d’humeur à les insulter mentalement : il se sentait plutôt impuissant.

Dans son malaise, il vit Loyd poser un regard un peu trop scrutateur sur lui à son goût, et se détourna, gêné. Il ne pensait plus à sa naïveté, ni à sa bêtise.

« Merci pour ton compliment en tout cas, ça me fait très plaisir venant de toi et j’espère que le spectacle te plait. »

Il essaya de lui sourire, s’encourageant lui-même, rejetant hâtivement le mugissement constant des joueurs. C’était un des bruits de fond qui le mettaient particulièrement mal à l’aise : l’annonce des complications, le début du joyeux merdier que serait sa journée.

Il se demanda ce que Loyd en ferait. Rien, peut-être.

« Tu restes jusqu’à la fin du match Lane ? Ça me ferait plaisir que tu restes me regarder jouer. »

Il y réfléchit rapidement, et se dit avec un mélange de résignation et de colère qu’il ne tiendrait pas longtemps dans un gymnase avec les caprices bruyants de ces brutes illettrées. Enfin, Lane se rendit compte qu’il exagérait peut-être, mais pas assez pour ne pas avoir envie de prendre ses jambes à son cou, selon le rituel des journées de Lane Taylor : se cacher. Derrière un gros livre si possible.

Mais il fut coupé dans sa réflexion par le bruit sec, un bruit qu’il comparait souvent innocemment à une explosion, du pied de Loyd contre la balle. Il l’avait fait avec agacement, et l’intensité du coup avait visiblement fait taire les autres joueurs. Tu m’en bouches un coin, Loyd.

Lane resta ahuri un instant, fixant la jambe svelte de Loyd. Une telle puissance dans son corps ? Bizarrement, il se rendit compte qu’il avait plus souvent assimilé Loyd à un gamin, ou en tout cas, à quelque chose de plus enfantin. Et parfois, il le sentait viril, énervé, agacé, et ça n’était jamais quand il lui parlait. Ces pensées cependant ne l’avaient qu’effleuré. Il s’impressionnait plutôt du trajet de la balle, de son envol, du grand bruit et de la force inespérée de Loyd.

Lorsqu’il se retourna, il se souvint de sa question. La réponse vint plus vite que la réflexion, dénuée de toute irritation :

« Je reste. »

Lane s’étonna et eut d’ailleurs un peu honte du ton convaincu dans sa voix. Il ne savait pas si ça ferait réellement plaisir à Loyd qu’il reste à suivre ses mouvements sur les gradins, mais il en avait visiblement envie, visiblement. Il se le répéta un peu acidement, sans trop comprendre cette certitude honteuse et effrontée au bout de sa langue.

« Tu devrais y aller, reprit-il un peu sombrement. Ils vont recommencer à s’égosiller et je vais m’en aller s’ils le font. »

Cette fois, paroles un peu calculée, vraies, juste pour se remettre en place. Lane est toujours âcre et Lane pose ses conditions face au pauvre Loyd qui n’y voyait que du feu, qui tombait toujours dans ses panneaux, qui croyait à ses mensonges ratés. C’était bien comme ça. [

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Leeroy Eastwood



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Lun 5 Mar - 15:48


Rendez-vous pour l'after pussycat ~
Il restait. Étonnement et trouble en Leeroy Eastwood. Il restait. Lane Taylor. Pour lui ? Osai-t-il secrètement l’espérer ? Ça aurait été folie d’en avoir la conviction et pourtant, il caressait silencieusement cet espoir adolescent et naïf. Les premiers émois après tout sont souvent les plus lyriques et fantasques. Lorsque l’on est amoureux pour la première fois, on se berce de douces illusions. On attend et désire mille choses. Des choses qui ne sont que rêves immatériels, des plaisirs qu’on ne touche jamais, car un premier amour est généralement déçu.

Avait-il peur de la déception ? Pas vraiment, lorsque Loyd se prenait à s’imaginer que Lane ne restait que pour lui, juste pour le plaisir de le voir, courir, bouger, jouer, sourire, crier et les mille choses qui composent un être humain. S’il restait pour lui, il y avait une chance que peut-être… Peut-être quoi ? Il n’avait pas peur de rêver qu’il n’était là que pour lui, mais il avait encore trop peur de rêver qu’ils seraient ce duo séduisant mais inquiétant qu’est le couple. Un couple était vraiment quelque chose d’angoisse, presque autant que l’amour.

Lorsqu’on est enfant, tout est si simple. L’amour n’est qu’inclination et on se quitte comme on se trouve. Pourtant, le couple suggère l’engagement, une promesse. Il faut être adulte pour cela car ça implique d’assumer. En somme, on ne peut pas se contenter des avantages, il faut aussi en assumer les conséquences. Comme il est simple d’aimer lorsqu’on est enfant. La gêne n’est que dérisoire, les mots sortent facilement et les actes viennent d’eux-mêmes.

Comment réagir alors qu’on est un enfant et qu’on aime comme un grand ? Le fardeau adolescent. La délicate position d’être entre l’enfance et l’âge adulte. Leeroy avait des envies d’adultes mais des peurs de petit gamin écervelé. Allez comprendre. Il voulait atteindre avec la facilité de l’enfance les contraintes du monde adulte. Allez savoir. Il est folie de tout vouloir sans faire de concessions. Il est ridicule de croire que l’on peut avoir les avantages des adultes et des enfants. Il faut choisir et c’était bien ça le plus angoissant. Choisir de mettre ses sentiments à nu au risque d’être blessé ou choisir de les taire et de les ignorer au risque d’être frustré.

Que deviennent tous les mots que l’on ne prononce pas, au même titre que toutes les larmes que l’on ne verse pas ? Il n’avait pas la réponse à cette question. Comme à toutes les autres. Il avait tout à apprendre. Il avait après tout la sentimentalité d’un nourrisson. Il ne connaissait pas encore le goût amer et nauséeux des regrets. Le déchirement de cœur de l’amour déçu et surtout le chagrin que celui-ci procure. Néanmoins, il savait ce qu’était la perte, le doute et l’absence.

Dans son enfance, il avait perdu les choses qu’il aimait. Il avait douté des gens qui devaient le protéger et surtout connu l’absence de cette même protection. Loyd connaissait plus la peur de la douleur que la douleur même. Est-on armé à vivre quelque chose d’adulte comme l’amour lorsqu’on ignore ce que c’est de souffrir ? Souffrance, nous rend-elle adulte ? On a tendance à le penser mais peut-être pas. Au fond, la souffrance ne fait qu’aigrir. Dans ce cas, comment devient-on adulte ? Il l’ignorait encore. Tout comme le goût sucré des vrais baisers d’amour ou la sensation particulière qui se dégage lorsqu’on s’unit avec quelqu’un qu’on aime vraiment.

Tout à apprendre. A la fois fragile et fort de ne rien savoir, il sourit, avec cet air innocent caractéristique et il hocha modestement la tête lorsque Lane l’invita à rejoindre ses camarades. C’était peut-être ça, son charme, sa véritable qualité : L’humilité. C’était quelque chose d’encore plus rare que l’intelligence et peut-être plus précieux. En d’autres termes : « Je sais que je ne sais rien. » ou la noblesse d’âme.

Leeroy fit ensuite volte-face et commença à descendre quelques marches des gradins. Ses sourcils étaient légèrement froncés alors qu’il s’appliquait à mettre un pied devant l’autre et ses lèvres ressemblaient à une imperceptible petite moue contrariée. Il réfléchissait, fait rare qu’il faut noter. Il avait l’impression d’avoir oublié quelque chose mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il descendit une marche de plus puis se retourna vivement, son visage s’éclairant et il courut à nouveau vers Lane, remontant quatre à quatre ce qu’il avait descendu précédemment.

Il sourit de toutes ses dents comme un enfant de huit ans aurait ramené à sa mère quelque chose qu’il aurait trouvé dans le jardin, ignorant les protestations des joueurs de son équipe, passablement agac és de le voir repartir. A la fois stupide et attendrissant, Loyd s’en fichait. Il était concentré sur sa demande. Ses yeux azurés détaillèrent le visage austère du blond, qui ne le décontenançait absolument pas, bien qu’il soit fait pour repousser les autres. Il ouvrit la bouche et s’exclama :

« -Oh Lane ! Je voulais te demander… Avec ça, j’ai oublié de te proposer. Quand j’aurai fini, après que j’ai pris une douche et que je me sois changé, tu voudras venir avec moi boire un verre ? Sortir un peu. »

Il prit un air satisfait. Il l’avait dit. Il avait trouvé le courage de lui demander, d’une traite, sans problème d’élocution, naturellement. Vaincre sa timidité, inconnu de tous, lui fait du bien. Cela remontait un peu l’estime assez minime, voire négative, qu’il avait de lui-même. Au final, c’était un premier pas pour s’aimer soi-même, même s’il n’en avait absolument pas conscience sur le moment. Il se sentait juste galvanisé par ce sentiment de fierté. Leeroy ne cessait plus de sourire et était trop innocent pour voir une petite gêne colorée les joues de son interlocuteur.

D’autres parts, il avait réellement envie de cette sortie, ainsi il cherchait plus de bons arguments qu’à discerner les réactions de Lane. D’ailleurs, il ne remarquait même pas les véritables beuglements à présent de ses copains de terrain. En effet, ces derniers proches de la crise de nerf trépignaient sur place de rage et fureur, mais il était là, calme, détendu, détaché : Un niais. Parfaitement, un niais, qui souriait concentré sur cet objectif qui pouvait sembler dérisoire.

« -Alors, tu m’attendras après le match ? Le temps que je me prépare, demanda-t-il ensuite, en reprenant la parole, allez accepte s’il te plait. Ce sera sympa. Tu bougeras un peu comme ça. Ca te changera de la bibliothèque. »

Il marqua un temps d’arrêt comme pour chercher un argument de poids ou trouver le parfait prétexte à Lane pour accepter son invitation. Ils se regardaient attentivement l’un et l’autre comme dans l’attente de l’idée miraculeuse qui pousserait le blond à le suivre après l’entrainement, pour une troisième mi-temps très personnelle. Un premier rendez-vous, peut-être.

« -Et puis… euh… Tu cherches à te faire pardonner non ? Alors tu peux bien m’offrir un peu de ton temps ? C’est la moindre des choses. Alors, tu veux bien ? »
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Lane Taylor



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Sam 10 Mar - 16:14


La 3ème mi-temps
Lane avait déjà commencé à se décontracter en voyant Loyd faire volte-face et s’apprêter à rejoindre ceux qui, de loin, ressemblaient à de petits lutins furieux. Si seulement ils pouvaient toujours rester petits, comme ça, si seulement ils n’étaient pas si fiers d’avoir quelque chose entre les jambes et de chercher la petite bête à longueur de temps. Son corps se relâcha un peu dans le siège, son regard se détendit, et il décroisa ses mains. Tout comme quand la personne assise près de lui dans le bus descendait. Il reprenait ses pensées frénétiques, pointues, mesquines, dans cette position léthargique et rêveuse, si commune chez lui, qu’il crut presque cauchemarder les yeux ouverts en voyant Loyd se retourner et courir à nouveau vers lui.

Oh non oh Loyd qu’est-ce que…

Son cœur avait sursauté. Lui, s’était pétrifié. Il entendait nettement le son confus derrière Loyd monter d’un cran, comme si quelqu’un avait appuyé sur un maudit bouton d’une maudite télécommande. Lane se raidit, fixant sans même ciller le sourire idiot du garçon, ne voulant même pas se demander ce qu’il lui prend et encore moins ce qu’il lui passe par la tête.

« Oh, Lane ! Je voulais te demander… Avec ça j’ai oublié de te proposer. »

Proposer ? Proposer quoi ? Proposer. Oh, très bien. C’était encore un autre mot qu’il n’était pas capable de bien digérer. Son visage laissa passer une faible contraction, puis, plus rien. Ce n’était certainement pas à sa portée de deviner la suite de ses mots. Il savait juste qu’il allait lui proposer quelque chose, et qu’il allait dire non, un non qu’il allait garnir d’une jolie petite excuse commode, comme on attacherait un bouquet de fleur d’un ruban de la même couleur.

Désolé, non, je ne peux pas, j’ai un contrôle de physique demain, et il faut que je…

« Quand j’aurai fini, après que j’ai pris une douche et que je me sois changé, tu voudras venir avec moi boire un verre ? Sortir un peu. »

Son cerveau avait déjà commencé à formuler une excuse, un emploi du temps imaginaire, des devoirs qui n’ont jamais existé, un chat malade, un livre oublié à lire. Boire un verre. Un verre de quoi ? A cet âge-là, on buvait de n’importe quoi. Loyd n’était certainement pas du genre à se contenter de café au lait, malgré son sourire candide, il était quand même plus grand que lui et n’avait pas grand-chose de raisonnable. Il ne va pas t’emmener manger une glace, Lany. Arrête de rêver.

Mais Loyd avait l’air si satisfait. On aurait presque dit un enfant qui contemplerait son château de sable. Il était méchant, mais il n’allait quand même pas être cette grosse vague salée qui le démolirait ? D’ailleurs, ce n’était même pas qu’il n’avait pas envie d’y aller, il ne pouvait pas y aller. Il ne pouvait pas sortir boire un verre avec un autre garçon, ou même n’importe qui, bordel, il était fait pour lire son livre près du radiateur dans la bibliothèque !

« Alors, tu m’attendras après le match ? Le temps que je me prépare… allez accepte s’il te plait. Ce sera sympa. Tu bougeras un peu comme ça. Ca te changera de la bibliothèque. »

Il se rendit compte que c’était la deuxième fois que Loyd lui disait « s’il te plait ». Et que s’était-il passé, déjà, quand il lui avait dit non ? Précisément : Rien de bon.

Il avait peut-être raison. Non, pas du tout. Après tout, il avait envie d’y aller. Même si c’était pour boire un soda. N’importe quoi. Tu ne veux pas changer, tu ne veux même pas quitter la bibliothèque pour un maudit soda. Et pourquoi pas ? Et si c’était le cas ? Et alors ?

« Et puis… euh… Tu cherches à te faire pardonner non ? Alors tu peux bien m’offrir un peu de ton temps ? C’est la moindre des choses. Alors, tu veux bien ? »

Il venait d’appuyer précisément là où ça faisait mal. Mais Lane ne sut pas exactement s’il lui en voulait d’avoir dit ça ou s’il lui en était reconnaissant de lui avoir fourni un prétexte pour y aller sans perdre la façade de sa façade. Il haussa un sourcil en le regardant, sentant un début de sourire lui chatouiller les lèvres mais il fit de son mieux pour paraître offusqué.

« Dis donc, Loyd ? Je pensais que je n’avais pas d’excuse à te présenter ? »

Lane remarqua que ce rôle réticent faisait son petit effet à Loyd. Il n’avait pas dit non, il n’avait pas dit oui, il ne lui avait pas présenté sa panoplie de prétextes, pas plus qu’il n’a manifesté son enthousiasme ou son intérêt pour cette sortie. Très bien. C’était parfait. Il sourit.

« Je plaisante, Loyd. Je voudrais bien y aller si fais en sorte que mes tympans soient toujours fonctionnels quand on sortira d’ici. »

Il lui montra d’un regard rapide l’unique source du bruit fracassant de la salle, de la mêlée de « Hé-Loyd-tu-fous-quoi » et l’invita à redescendre et ne se retourner que quand ils seront seuls.

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Leeroy Eastwood



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MessageSujet: Re: La 3ème mi-temps – P.V. Leeroy Eastwood   Mar 24 Avr - 19:55


Maladresse quand tu nous tiens.
La maladresse est un supplice pour le maladroit mais une excellente distraction pour son entourage. On rit toujours du malheur des autres. C’est un fait. On rit toujours aux dépends de quelqu’un. Lorsqu’on s’appelle Leeroy Eastwood, qu’on est naïf comme pas deux, on est crédule. Etre crédule pousse souvent à prendre du second degré pour du premier, à croire bêtement tout ce que l’on nous dit et cette approche trop littérale provoque des maladresses. Réaction en chaîne ou cercle vicieux. Loyd s’embourbe, accumule. Par chance, le ridicule ne tuait pas.

Cependant, il peut terriblement blesser l’amour propre et en faire perdre tout respect de soi-même. Lorsqu’on s’appelle Leeroy Eastwood, que l’on colle à la définition citée plus haut, on en vient à se détester soi-même et espérer qu’un jour les rôles s’inversent. Ce n’était pas prêt d’arriver. D’autant plus qu’il passa complètement à côté de ce que lui répondit Lane Taylor.

«-Dis donc, Loyd ? Je pensais que je n’avais pas d’excuse à te présenter ? »

L’avait-il fâché ? Naïvement, Leeroy se demanda si, ce qui était une blague ou une excuse bidon au départ, n’avait pas agacé réellement Lane. Lui en voulait-il ? Allait-il refusé son invitation au final ? Les questions tournaient dans sa tête et se mélangeaient dans un méli-mélo incompréhensible pour lui. C’était un esprit simple qui avait pour devise : « Chaque chose en son temps. » Ainsi, lorsqu’il avait trop de choses en tête ou à penser, il se sentait presque suffoqué.

Il se perdait dans ses craintes, son manque d’assurance, son incertitude avec le désagréable sentiment de courir à la catastrophe. Une catastrophe inévitable malgré toute la bonne volonté du monde. La maladresse prenait le pas sur toute raison. Plus Loyd se voyait s’enfoncer et plus il essayait de se débattre, ce qui était une grossière erreur, car il ne faisait que se compliquer la tâche, la vie et tout le reste.

Maladroitement, il ne comprit pas que le blond surenchérissait et prenait le contre-pied de sa remarque, en plaisantant à son tour. Leeroy n’était définitivement pas très doué pour l’ironie. Il avait l’air d’un enfant pris en faute et désolé. Il lui adressa timidement un sourire peiné puis il ouvrit la bouche pour présenter une foule d’excuses, qui s’embrouillaient déjà alors qu’il n’avait pas encore sorti le moindre son d’entre ses dents. Cependant, mes mots ne quittèrent jamais ses lèvres puisque Lane reprit la parole avant qu’il puisse délier les sons de sa gorge serrée d’une angoisse irrationnelle et singulière.

«-Je plaisante, Loyd. Je voudrais bien y aller si fais en sorte que mes tympans soient toujours fonctionnels quand on sortira d’ici. »

Leeroy eut la désagréable impression d’être un parfait crétin. Après tout, c’était sans doute ce qu’il était mais le soulagement, qu’il ressentit à ce moment précis, prit le pas sur toute forme d’auto-flagellation chronique chez lui. Il se sentait plus rassuré que ridicule ou idiot. Ainsi, un sourire s’afficha sur son visage suivi d’un rire léger entre gêne et nervosité. Il se sentait comme un gamin qui venait de faire une grosse bêtise, mais tout allait bien. Etrangement bien.

Pour la première fois, il avait l’impression de ne pas avoir totalement tout gâché avec Lane et même d’avoir réussi à avoir un vrai échange avec lui. C’était comme s’il pressentait au fond de lui le début de quelque chose. Quelque chose d’agréable pour une fois. Cependant, cette pensée plutôt douce était parasitée par les cris imbéciles de ses camarades de jeu. Ainsi, il se souvient qu’il devait épargner les tympans de Lane. Il se tourna donc vers ses coéquipiers et après leurs avoir lancer un regard meurtrier, illustrant parfaitement le fond de sa pensée, plus aucun son ne sortit de leur bouche.

Loyd tourna à nouveau ses yeux bleutés vers Lane et lui sourit doucement. Il pouvait cacher son contentement. Il avait indéniablement l’air heureux. Oui, heureux comme un gosse qui descend chercher ses cadeaux le matin de Noël. Une expression étrange quoi qu’attendrissante pour un grand garçon de cet âge, ravi pour une chose aussi futile qu’un rendez-vous. Sa naïveté avait encore frappé. C’était d’une part de lui. Une part de lui qui ne le quitterait jamais quoi que la vie jusqu’à présent lui ait apporté et quoi qu’elle lui apporte encore.

« -Très bien alors tu m’attends ici ? Demanda-t-il ensuite comme pour s’assurer qu’il avait bien compris qu’il acceptait l’invitation, le temps que je termine l’entrainement et que je me change après. Je ferai vite. »

Il fit cette fois réellement volte-face et descendit quatre à quatre les marches des gradins pour rejoindre ses amis, dont les cris reprirent mais pour le féliciter d’être enfin de retour mais aussi des murmures, des chuchotements porteurs de mille questions par rapport à sa longue discussion avec Lane. Les garçons de son équipe trouvaient curieux que Leeroy parle avec un type comme Lane, surtout qu’ils étaient quasiment leur souffre-douleur attitré et considéraient malgré tout ce dernier intelligent, tandis que pour eux, Loyd n’avait pas inventé la poudre.

En somme, aux yeux de ses coéquipiers, ils n’avaient strictement rien à faire ensemble. C’était totalement curieux. Oui, un objet de curiosité, car cela représentait en quelque sorte une rencontre et un lien improbables dans leur mode de vie, de relations, d’interactions humaines à la série B américaine. C’était un peu comme l’association de la star du lycée et de la victime. Pourtant, Leeroy n’était pas vu comme une star. Les garçons de son équipe l’utilisaient pour son talent pour le football mais s’il n’avait pas cela, peut-être aurait-il lui était leur souffre-douleur. Il avait été celui de son ainé après tout.

C’était peut-être pour cela que le lien qui se nouait entre eux n’était pas si improbable ou bizarre. Peut-être parce que tous les deux avaient connu l’injustice. Une fadaise comme ça. Une idée utopique dont Loyd n’avait pas idée. Surtout pas lorsqu’il donna un grand coup de pied dans le ballon qu’on lui lança, désireux de se montrer froid et pour une fois brillant sous le regard de Lane.

Il se dépensa donc sans compter sur le terrain. Il courait plus vite que jamais, essayait de marquer toujours plus et était quasiment incontrôlable. Son énergie avait en quelque sorte redoublée de vigueur. Il se donnait à fond, comme il l’avait rarement fait, surtout lors d’un simple entrainement. Il dépassait les espérances de l’entraineur et de ses coéquipiers. La séance se termina donc sous les acclamations de ses partenaires qui lui proposèrent de venir une soirée qu’ils organisaient mais étrangement n’avaient pas pris la peine de l’inviter avant.

Loyd refusa d’un air quelque peu embarrassé en disant qu’il avait déjà des projets pour ce soir. Cela lui valut de nouvelles questions et autres regards surpris. Après tout, Leeroy ne déclinait que très rarement leurs invitations, toujours désireux de s’intégrer et terminait souvent des soirées plutôt inquiétantes. Des soirées qu’affectionnaient les garçons de son âge, mais pas lui. Loyd n’était frivole qu’en apparence. Il buvait parce que tous les types de son équipe le faisaient. Il fumait parce que tous les adolescents de son âge prétendaient aimer ça et y était devenu accro. Il couchait avec des filles parce qu’on les lui présentait avant de lui faire un clin d’œil significatif.

Pourtant, cette fois-ci, peut-être pour la première fois, le garçon aux cheveux teints de bleu avait refusé d’aller vers son masque, le pseudo-prestige social d’adolescent écervelé, mais à la place, il avait choisi d’être un peu lui-même. C’est-à-dire, le jeune homme timide qui avait enfin eu le courage d’inviter l’autre garçon. Un qui lui plait tout particulièrement. Pas pour une orgie ou autre stupidité. Juste pour boire un verre, discuter et apprendre. Apprendre à se connaître. Apprendre à se comprendre. Apprendre à aimer.

Apprendre à aimer parce que Leeroy ne connaissait rien de ce minuscule sentiment qu’il avait en lui. Il ignorait quasiment son existence. Il savait juste qu’il y avait cette présence invisible qui le poussait à se dépêcher de dire au revoir à tout le monde, qui le pressait pour aller se doucher et s’habiller, qui l’obligeait à courir à moitié pour monter les gradins une nouvelle fois et rejoindre Lane. Cette force imperceptible qui le fit s’exclamer, essoufflé après être arrivé en haut, avec un immense sourire :

« -C’est bon, je suis prêt. Tu viens avec moi ? »

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